Take care mama

Si vous avez de la fièvre, il vaut encore mieux en prendre car la fièvre n’est pas bonne pour le futur bébé.

Conseils

Le paracétamol est à limiter fortement, à consommer à la posologie la plus faible et pendant la durée la moins longue.

L’ibuprofène n’est pas une alternative sans danger au paracétamol.

STATS

Une étude sur une culture d’ovaires de fœtus humains a montré que l’exposition au paracétamol diminue de 40% les cellules reproductrices des ovaires et de près de 30% pour les testicules. 
Une prise haute de paracétamol a été associée à une probabilité plus de 2 fois supérieure de diagnostic de trouble d’hyperactivité et de l’attention.  

Paracétamol et grossesse : est-ce compatible ?

Paracétamol et grossesse : observations d’absence de risque

Actuellement, le paracétamol peut être prescrit pendant la grossesse. Cela est dû au fait qu’il est jugé comme n'augmentant pas le risque fœtal, quel que soit le trimestre, et est considéré comme sûr pour une utilisation pendant la grossesse, avec un niveau de preuve B noté comme “preuves inconsistantes ou de qualité limitée concernant le patient” [2].

 

D’après le CRAT (Centre de Référence sur les Agents Tératogènes) : “Il est possible d’utiliser le paracétamol quel que soit le terme de la grossesse. Une utilisation à la posologie minimum efficace et pour la durée la plus brève possible est toujours préférable [3].”

Le paracétamol est bénéfique en cas d’état fiévreux pendant la grossesse

La National Birth Defects Prevention Study (NBDPS), qui a observé les données de 16,110 enfants des États-Unis exposés au paracétamol in utero, n'a pas trouvé de risque accru de malformations congénitales avec l'utilisation de paracétamol. Chez les femmes utilisant le paracétamol spécifiquement pour des maladies fébriles (état fiévreux), ils ont observé une diminution des risques de diverses malformations crâniennes et faciales et de gastroschisis (une anomalie congénitale de la paroi abdominale (ventre), les intestins du bébé se trouvent à l'extérieur de son corps [4]). Dans ces situations d’état fiévreux pendant la grossesse, le paracétamol peut être protecteur car la fièvre augmente le risque de ces malformations [5]. 

Une étude sur 26000 enfants n’a pas montré de risque

De même, dans une étude sur plus de 26,000 enfants exposés au paracétamol pendant le premier trimestre de la grossesse, ils n'ont pas observé une prévalence accrue d'anomalies congénitales par rapport aux plus de 61,000 enfants non exposés au paracétamol. Aucune association n'a été trouvée entre les anomalies congénitales et la durée d'utilisation pendant le premier trimestre. Toutefois, ils ont observé une augmentation du risque de plus de 2 fois de développer des "kystes médians, fistules, sinus" (anomalies congénitales de l'oreille, du visage et du cou) [6].

Quels sont les risques immédiats pour le fœtus ?

On sait que le paracétamol traverse facilement le placenta et la barrière hémato-encéphalique. 

Les métabolites toxiques du paracétamol sont plus élevés chez les femmes enceintes

Pendant la grossesse, des changements se produisent dans le métabolisme du paracétamol, ce qui pourrait rendre les femmes enceintes et leur fœtus plus vulnérables aux effets toxiques. Une fraction du paracétamol est convertie en un métabolite toxique (le N-acétyl-p-benzoquinone imine), et en condition de santé hors grossesse, ce métabolite est rapidement détoxifié de l’organisme. Les résultats d’une étude qui modélise l’action du paracétamol suggèrent une formation de ce métabolite toxique plus élevée chez les femmes enceintes que chez les femmes non enceintes, en particulier au cours du premier trimestre [7]. 
Ces résultats sont à nuancer car cette étude est un modèle et n’a pas été réalisée directement chez les femmes enceintes.

Il pourrait être toxique pour le du foetus

Le paracétamol peut être toxique pour le foie et comme il semble traverser librement le placenta, des doses thérapeutiques et certainement toxiques pourraient affecter non seulement les cellules hépatiques maternelles, mais aussi celles du fœtus. Il est à noter que pendant le développement du fœtus, le foie fonctionne transitoirement comme le principal organe hématopoïétique (formation des globules) [8]. 

Il peut réduire la production de testostérone chez le foetus mâle

Une étude expérimentale, dans laquelle ils ont transplanté des fragments de tissu testiculaire fœtal humain dans 64 souris, a montré que l'utilisation prolongée de paracétamol (pendant 1 semaine) peut réduire la production de testostérone dans le testicule fœtal humain [9]. 

Le paracétamol pourrait avoir des conséquences sur l’issue de la grossesse

Des preuves cliniques (issues d’études de cas où on a observé les effets chez certaines personnes de la prise de paracétamol et des manifestations cliniques) de plus en plus nombreuses suggèrent qu’une action probable du paracétamol dans l'inhibition de la signalisation des prostaglandines (hormones du système immunitaire) au cours du troisième trimestre peut conduire à la constriction du canal artériel, une condition qui pourrait entraîner une perte fœtale ou une insuffisance cardiaque potentiellement mortelle chez le nouveau-né [22].

 

Une combinaison d'études cliniques et de travaux expérimentaux sur des modèles animaux et des lignées cellulaires a suggéré que l'exposition au paracétamol pendant la grossesse pourrait diminuer le nombre de cellules souches hématopoïétiques (cellules à l’origine des globules blancs et rouges et des plaquettes) fœtales, altérer la synthèse d’hormones stéroïdes dans le placenta et induire des lésions placentaires [23].

Quelles sont les conséquences possibles sur la fertilité du futur enfant ?

Le paracétamol peut perturber les processus hormono-dépendant

Des études chez l’animal ont montré que le paracétamol perturbe directement les processus hormono-dépendants, notamment l'inhibition de la production d'androgènes, l'augmentation de la production d'œstrogènes et la perturbation de la fonction immunitaire. Or ces perturbations ont été liées à des mécanismes impliqués dans le développement de troubles neurodéveloppementaux et reproductifs [10]. 

Il pourrait provoquer des troubles de la fertilité pour le bébé

Une étude d’observation de 2010 sur 47400 garçons, a montré qu’une prise excessive de paracétamol par la mère pendant plus de 4 semaines au cours de la grossesse dans la fenêtre temporelle de la descente testiculaire (semaines de grossesse 8 à 14), a été associée de façon modérée à une augmentation du risque de 1,38 fois de la cryptorchidie (absence de descente des testicules) [11].

 

Il a été démontré que l'exposition fœtale dans des modèles animaux provoque expérimentalement des troubles de l'appareil urogénital masculin par la réduction de l'action des androgènes [12].

Il pourrait provoquer des troubles de la fertilité féminine

Une étude d’observation sur des femmes enceintes s'est penchée sur l'exposition prénatale au paracétamol et sur les résultats de la reproduction chez les femmes. 54% de ces femmes ont déclaré avoir pris du paracétamol au moins une fois pendant leur grossesse. Elle a révélé que les marqueurs du développement pubertaire féminin (par exemple, les poils pubiens, le développement de l’acné) étaient atteints de plus en plus tôt avec l'augmentation du nombre de semaines d'exposition prénatale au paracétamol, cet effet étant d’autant plus grand quand la dose de paracétamol prise augmente [13].

 

Une étude sur une culture d’ovaires de fœtus humains a montré que l’exposition au paracétamol diminue de 40% les cellules reproductrices des ovaires et de près de 30% pour les testicules. Ces résultats sont similaires pour la prise d’ibuprofène [14].

 

Une étude sur les souris publiée en 2016 a montré que les souriceaux femelles exposés tout au long de la grossesse à des doses de paracétamol couramment mesurées chez les femmes enceintes aux États-Unis et en Europe sont nés avec moins de follicules ovariens. À partir de l'âge moyen, les souris femelles adultes nées avec moins de follicules ont eu des difficultés à se reproduire et ont connu une insuffisance ovarienne prématurée [15].

 

Quatre équipes de recherche indépendantes ont constaté de manière cohérente que l'exposition prénatale au paracétamol peut réduire la santé reproductive et la fertilité des femmes. Ces équipes ont utilisé différents modèles chez les rats et les souris avec une exposition au paracétamol à des doses équivalentes ou proches de la dose maximale recommandée chez l'homme de 13 jours après la conception et jusqu'à la naissance. Les données combinées montrent que cette exposition entraîne une diminution du nombre de follicules dans les ovaires adultes et une infertilité ultérieure par insuffisance ovarienne [10].

Quels sont les risques possibles sur le développement de l’enfant ?

La prise de paracétamol a été associée à un retard de langage

Une étude basée sur une population comprenant 754 femmes enceintes au cours des semaines de grossesse 8 à 13 a observé la relation entre la prise de paracétamol et le développement du langage chez les enfants [16].

 

59,2 % des femmes inscrites au cours des semaines 8 à 13 ont déclaré avoir pris du paracétamol entre la conception et l'inscription à l’étude. Le paracétamol était mesurable dans tous les échantillons d'urine et la quantité de paracétamol urinaire était corrélé avec le nombre pris pendant la grossesse. Le nombre de comprimés et la concentration urinaire étaient tous deux associés à un retard de langage plus important chez les filles mais pas chez les garçons. Le risque était multiplié par 6 pour les mères qui ont déclaré avoir pris plus de 6 comprimés de paracétamol par rapport à celles en ayant pris aucun. 

Il pourrait perturber le développement cognitif, d’autant plus avec une prise sur le long terme

Dans une étude, des mères ont déclaré leur consommation de paracétamol aux semaines de grossesse 17 et 30 et à 6 mois après l'accouchement. Ils ont utilisé les données de 48 631 enfants dont les mères ont renvoyé le questionnaire de suivi à 3 ans. Cet échantillon comprenait 2919 paires de frères et sœurs de même sexe qui ont été utilisées pour ajuster les facteurs familiaux et génétiques (ce qui permet de limiter les biais car on inclut des enfants d’une même fratrie) [17].

 

L'analyse de contrôle de la fratrie a observé que les enfants exposés au paracétamol prénatal pendant plus de 28 jours avaient un moins bon développement de la motricité globale, la communication et un niveau d'activité plus élevé. Les enfants exposés avant la naissance à une utilisation à court terme du paracétamol, 1 à 27 jours, présentaient également de moins bons résultats en matière de motricité globale, mais les effets étaient plus faibles qu'avec une utilisation à long terme.

Le paracétamol a été associé à des troubles comportementaux chez les enfants

Une étude de 2021 a évalué l'association entre les niveaux de métabolites du paracétamol dans le plasma du cordon ombilical (preuve directe de l'exposition du fœtus, ce qui permet d’affirmer avec plus de certitude les données observées) et le trouble d’hyperactivité et de l’attention (TDAH), les troubles du spectre autistique (TSA) et d'autres troubles du développement diagnostiqués par un médecin pendant l'enfance [18]. Les concentrations de métabolites dans le plasma du cordon ombilical pour la prise la plus haute par rapport aux prises plus faibles étaient associées à une probabilité plus de 2 fois supérieure de diagnostic de TDAH et jusqu'à 3 fois supérieure de diagnostic de TSA. Cette association est dépendante de la dose de paracétamol prise.

 

Une autre étude a indiqué que les enfants exposés à l'acétaminophène pendant la période prénatale étaient 19 % et 21 % plus susceptibles de présenter ultérieurement des symptômes limites ou cliniques de troubles du spectre autistique et de trouble de déficit de l'attention/hyperactivité par rapport aux enfants non exposés [19]. 
 

D’autres études ont également mis en évidence un lien avec des symptômes d’hyperactivité et d’impulsivité, les effets étant d’autant plus fort que la consommation de paracétamol est élevée [20], [21].

Attention aux données des études

Ces données sont toutes issues d’études d’observation, qui mettent en évidence des corrélations, mais ne peuvent affirmer avec certitude un lien de causalité, ou d’études chez la souris. Par ailleurs, dans les études sur l’homme, l’évaluation de la quantité de paracétamol pris dépend des déclarations de la mère, qui peut sous-estimer ou surestimer la prise du médicament.

 

Seules des études qui répartiraient les femmes enceintes en 2 groupes, 1 dans lequel elles prennent du paracétamol et 1 dans lequel elles prennent un placebo, permettraient de montrer un vrai lien de causalité. Toutefois, étant donné qu’il y a un potentiel risque associé à la prise de paracétamol, ces études ne sont pas possibles.

 

Par ailleurs, certaines études mettent en évidence des problèmes liés à des consommations importantes de paracétamol, il est sage de penser que c’est la dose qui fait le poison, et qu’une consommation occasionnelle de paracétamol peut être sans danger pour l’enfant à naître.

 

On sait par ailleurs que dans des situations d’état fiévreux pendant la grossesse, le paracétamol peut être protecteur car la fièvre augmente le risque de développer certaines malformations.

 

Par prudence, il peut être judicieux de limiter sa prise de paracétamol aux situations réellement nécessaires, et de ne pas en prendre en continu sur le long terme.

Paracétamol et allaitement : qu’en dit le CRAT ?

Le Centre de Référence sur les Agents Tératogènes indique que l’utilisation de paracétamol est possible durant l’allaitement. En effet, ils précisent : “La quantité de paracétamol ingérée via le lait est faible : l’enfant reçoit jusqu’à 4% de la dose pédiatrique (en mg/kg/jour), (calcul effectué après une prise maternelle unique par voie orale). Une publication fait état d’une quarantaine d’enfants allaités de mères sous paracétamol et l’usage du paracétamol en cours d’allaitement est très répandu. Aucun effet notable n’est retenu.” [3]

Qu’en est-il de l’ibuprofène ?

L'utilisation d'anti-inflammatoires non stéroïdiens (comme l’ibuprofène) pendant la grossesse comporte des risques potentiels avec un niveau de preuve C (issu de consensus, d’opinions d'experts ou de série de cas). Le rapport risque-bénéfice est à déterminer par la consultation d'un médecin [1].

L’ibuprofène a été associé à un risque plus élevé d’avortement

Dans une étude, les auteurs ont cherché à quantifier l'association entre l'avortement spontané et les types et doses d’anti-inflammatoires non stéroïdiens dans une population de femmes enceintes [24]. Ils ont obtenu des données du Registre des grossesses du Québec pour 4705 femmes ayant subi un avortement spontané. Pour chaque cas, ils ont sélectionné au hasard 10 témoins parmi les autres femmes du registre, appariées par la date de l'avortement spontané et l'âge gestationnel.

 

L'utilisation d’anti-inflammatoires non stéroïdiens autres que l'aspirine pendant la grossesse était significativement associée au risque d'avortement spontané, avec une augmentation du risque de 2,4 fois. Plus précisément, l'utilisation d'ibuprofène était associée à un risque accru d'avortement spontané de plus de 2 fois. Cet effet était indépendant de la dose d’ibuprofène prise.

Il aurait des effets néfastes sur le foetus

Les anti-inflammatoires non stéroïdiens sont contre-indiqués au troisième trimestre car les études d’observation montrent une augmentation du risque d'altération du flux sanguin utéro-placentaire et de l'incidence accrue d'oligohydramnios (c’est-à-dire pas assez de liquide amniotique) [25], d'hypertension pulmonaire persistante du nouveau-né [26], de toxicité rénale [25], et de fermeture prématurée du canal artériel [27].
Les directives de la Food and Drug Administration des États-Unis précisent que les anti-inflammatoires non stéroïdiens doivent être évités pendant la grossesse, et qu’il est préférable de prendre du paracétamol à la place [28].

Conclusion

Les données de ces études sont récentes et les niveaux de preuves sont discutables. Quoi qu’il en soit, nous vous conseillons d’écouter votre médecin en ce qui concerne la prise de paracétamol.

Si vous avez besoin de vous soigner, soignez-vous ! Il ne faut pas rester dans un état fiévreux et laisser la fièvre dégénérer par peur de prendre du paracétamol. Il ne faut pas culpabiliser car on a besoin de se soigner !

Si vous souffrez de douleurs chroniques (migraines par exemple), discutez-en avec votre médecin traitant qui saura vous conseiller le traitement le plus adapté durant la grossesse. 


Pour plus d’informations sur la prise d’antalgiques, retrouvez l’article du CRAT

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FAQ

Est-ce que une femme enceinte peut prendre du paracétamol ?

D’après le CRAT (Centre de Référence sur les Agents Tératogènes) : “Il est possible d’utiliser le paracétamol quel que soit le terme de la grossesse. Une utilisation à la posologie minimum efficace et pour la durée la plus brève possible est toujours préférable.”

Quels sont les médicaments autorisés pendant la grossesse ?

Si vous souhaitez savoir avec certitude les médicaments utilisables pendant la grossesse, n’hésitez pas à aller voir sur le site du CRAT. 

Quel antidouleur quand on est enceinte ?

Préférez le paracétamol aux antalgiques. A nouveau, allez voir sur le site du CRAT pour en savoir plus.